samedi 22 mars 2014

La fois où j'ai essayé trop longtemps d'être forte - Partie 1

J'aime beaucoup Jonathan Roberge.  J'aime beaucoup les textes qu'ils signent dans Urbania.  Hier, vendredi, il a récidivé avec "Tomber dans le rack à pastille".

J'avais vu le texte passer hier matin, mais j'ai manqué de temps pour le lire...  Puis j'ai oublié jusqu'à ce que je vois 1, puis 2, puis 3 contacts le publier sur leur fb avec la mention "À lire!". J'ai donc obéi!

Ceux qui ont déjà fait une crise de panique se reconnaîtront...  et ceux qui, comme moi, ont fait une dépression se reconnaîtront aussi.

C'est fait, je l'ai dit, j'ai fais une dépression.

Je me suis battue contre ce diagnostic que je jugeais inexacte.  Je préférais le "trouble de l'adaptation" que le 1er médecin m'avait donné. L'étiquette était moins grosse!

C'était il y a 4 ans et demi.  Fin octobre plus précisément.  Je me souviens qu'on était dans les décorations d'Halloween au bureau.

Fin 2009 donc...

2 ans et demi après les débuts de nos essais. Cette année-là nous nous baladions d'un médecin à l'autre, nous avons fait tous les tests diagnostics et dépensé plusieurs centaines de dollars (la programme de gratuité n'existait pas encore).  Je me souviens avoir pleuré dans le bureau d'une collègue après m'être fait dire par la secrétaire de la première gynéco que nous n'étions pas prioritaires et qu'on m'appellerait en cas d'annulation ou d'ici d'un ou deux ans maximum (!!!).  Nous avions fait tous les tests.  Nous voulions les résultats.  Nous avons donc changé de médecin et en septembre un 2e gynéco nous annonçait nos diagnostics...

C'était en plein pendant la faillite de l'entreprise familiale. Ma mère, mon père, mon conjoint, mon frère y travaillaient.  J'étais stressée...  Très stressée!  Mais je n'en parlais pas.  On nous donnait peu de détails... On savait uniquement que ça n'allait pas. Et puis, je n'avais pas le droit d'être aussi affectée dans la mesure où moi je ne risquais pas de perdre mon emploi, que ce n'était pas mes économies, ni ma retraite...

C'était aussi au paroxysme des conflits familiaux avec ma belle-famille.  Ma belle-maman n'allait pas bien depuis quelques années, ce n'était pas de sa faute, la maladie avait cogné à sa porte. Des paroles blessantes envers nous ont été dites, certaines personnes s'en sont mêlées et nous ont fait des reproches... Je répétais à chéri que nous devions être indulgents.  La maladie peut faire beaucoup de mal.  Autant à la personne qui est atteinte qu'à l'entourage.  Il y a toujours deux côtés à la médaille, deux versions subjectives...  Et la distance, malgré ce que plusieurs peuvent croire, n'aide en rien.  Elle donne souvent des munitions tout en nous rendant très impuissant. Mais la dispute et moi, ça fait deux... surtout quand c'est sur du long terme.

Finalement, mon remplacement comme conseillère à l'intervention (CI) s'achevait et on me renvoyait sur ma chaise d'éducatrice.  Nouvelle clientèle (j'avais obtenu un poste en déficience intellectuelle à l'adulte (âgée!) alors que je travaillais en trouble envahissant du développement (et un peu en déficience intellectuelle) à l'enfance. Nouvelle équipe. Mandat et attentes de ma nouvelle patronne plus gros que celui d'une éducatrice puisque j'étais CI (elle me l'avait dit textuellement!).

Ajoutez à ça la température de plus en plus froide et de plus en plus grise venant avec l'automne... Vous avez le cocktail gagnant pour une dégringolades en règles.

Tous pris séparément, j'aurais sûrement très bien géré!  Mais l'accumulation pendant des mois, voire des années...  Bonjour les dégâts.

C'est le changement de poste qui m'a achevé.  Ou les diagnostics d'infertilité.  Je ne sais pas.

Je me souviens avoir essayé de me rendre à une rencontre scolaire pour le boulot et de n'y être jamais arrivé...

Je me souviens de 2 collègues me disant d'aller consulter parce que je pleurais au travail et parce que je répétais sans cesse être épuisée...

Je me souviens de mon mari m'obligeant à aller voire le médecin...  Je lui avais dis la veille que je n'étais pas suicidaire, mais que je me demandais à qui je manquerais si je n'étais plus là...  Pour être officiellement suicidaire, il faut que certains éléments du plan ou COQ (Comment, Où et Quand) se mettent en place.  Ce n'était pas mon cas, mais j'étais en bonne (ou mauvaise) voie!

Je me souviens de me rendre à la clinique à 6h00 am pour passer vers 8h30-9h00.

Je me souviens de me dire que j'essayais seulement de me trouver des excuses pour ne pas aller au boulot...

Je me souviens de m'être mise à pleurer quand le médecin à demandé "Qu'est-ce qui vous amène ici aujourd'hui?"

Je me souviens avoir ri, puis avoir été en colère à la question de mon employeur (département RH - l'infirmière qui analyse les arrêts de travail / c'est une grosse boite gouvernementale!) "C'est le travail ou votre vie personnelle qui est la cause de votre trouble de l'adaptation?"...  Comme si c'était si simple!

Puis je ne me souviens plus de rien...  Je me suis réveillée 1 mois plus tard...  J'ai commencé à aller mieux.

Les gens me dérangeaient avec leurs commentaires, leurs positivismes, leurs banalisations, leurs présences... Je n'ai pas vu mes amis. J'ai cessé d'aller dans les soupers de famille. Ça parlait boulot, ça parlait chicane, ça parlait de choses que normalement j'aurais pu gérer, mais que là, non.

Je me suis tapie dans ma maison, j'ai parlé au téléphone avec ma belle-soeur (elle téléphonait à chaque semaine pour prendre de mes nouvelles) et j'ai dormi...

Puis, quand ça a commencé à aller mieux, j'ai regardé la télé et cuisiné!

Je me souviens avoir eu la remarque par plusieurs que j'étais chanceuse de pouvoir être en arrêt, que ce n'était pas tout le monde qui pouvait se le permettre...  Sauf que...  Sauf que ce n'était pas une option!  Continuer, persévérer, "être forte" un peu plus longtemps c'était impossible! Comme Roberge le dit si bien
"Du jour au lendemain, c’était l’équivalent d’avoir été drogué à mon insu. Mon cerveau avait fait un shutdown et une mise à jour s’effectuait entre mes 2 oreilles." 
J'étais chanceuse d'avoir une assurance-maladie au travail et de recevoir une paie (amputée certes, mais une paie!).  Mais le fait d'être arrêtée n'était ni une option, ni un choix. Paie ou pas, je serais restée à la maison, au fond de mon lit...  Ou peut-être que j'aurais continué...  Et j'aurais dû être hospitalisé...  ou pire!  Dans tous les cas, mon corps et ma tête n'aurait pas survécu plus longtemps.

La dépression, ce n'est pas une grande déprime ou une grande fatigue où on est capable de se remonter les manches et foncer!

La dépression est une maladie résultant d'une déséquilibre neurochimique...
"Tu ne peux pas demander à quelqu’un qui a une bronchite d’arrêter de tousser. Tu ne peux pas demander à quelqu’un d’arrêter une dépression. Ce n’est pas une déprime, c’est le cerveau qui bug!"
C'est une maladie mentale qu'il faut prendre au sérieux!



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